La mémoire de l'eau
Le journal municipal de Hyères les Palmiers - Numéro 95 - Juin 2005
Issu d'une vieille famille de fontainiers hyèrois, Pierre Quillier a hérité de ses ancêtres la passion de l'eau. Homme de terrain, infatigable chercheur, il approfondit sans cesse ses connaissances sur ce qu'il nomme «l'élement vital» et aime transmettre son savoir grâce à de nombreuses expositions, articles et conférences. Il faut imaginer Pierre Quillier en bras de chemise, le jean's trempé jusqu'à mi cuisses, la lampe torche à la main et l'appareil photo en bandoulière... Il arpente un tunnel pour remonter le courant du Béal ou se fraye un passage au travers des ronces pour retrouver une source oubliée depuis de nombreuses années. L'homme s'aventure seul dans les souterrains de sa ville, examine les indices et scrute les signes qui lui permettront de découvrir un fragment du passé hyèrois.
Né en 1931, il doit sa passion de l'eau à ses parents, grands-parrents et arrière-grands-parents, tous fontainiers et Compagnons du Tour de France.
Enfant déjà, il suivait son père, Emile, et participait aux activités de l'entreprise de plomberie familliale. Le regard bleu perçant, un brin nostalgique, Pierre Quillier revient sur cette période où petit garçon, il faisait ses premières «armes» dans la conqu^te de l'eau. Benjamin de la fratri, il a très vite été choisi pour prendre la relève des établissements Quillier et a réussi à s'épanouir pleinement dans ce domaine. «A l'époque, il fallait en quelque sorte créer l'eau. Nous devions la chercher, la canaliser et en apprivoiser les différents usages. Lorsque j'ai fondé ma propre entreprise, tout avait déjà changé: il y avait de l'eau à disposition, mon rôle était de l'amener jusque dans les maisons. J'ai eu de la chance de vivre une période charnière dans l'histoire de l'eau, et cette transition est à l'origine d'une passion qui ne m'a jamais quitté.»
Explorations solitaires
Le plaisir de la recherche historique viendra un peu plus tard, en 1969 précisément. Cette année-là, son père décède et Pierre Quillier découvre qu'il lui a laissé un précieux héritage: les écrits de toutes ses années de travail sur l'eau. Pierre n'a pas encore quarante ans et se plonge avec délectation dans les archives qui lui ont été léguées. L'eau y apparaît comme le fil conducteur des évolutions de la société, elle permet de comprendre les nombreux changements dans les modes de vie et se transforme, pour l'apprenti chercheur, en un moyen de remonter le temps pour mieux cerner le passé, saisir le présent et appréhender l'avenir.
Dès ce jour, Pierre Quillier accumule les documents historiques, recherche d'anciennes photos et prend de nombreuses notes, constituant ainsi son propre «musée de l'eau».
«J'avais sans cesse envie de fouiller dans les archives de la ville et de retrouver des choses oubliées. Cette attraction émotionnelle pour l'eau est inscrite en moi.» Pierre alterne alors les périodes d'immersion dans les documents et les explorations sur le terrain. «Je suis un chercheur libre, dans le sens où je travaille toujours en solitaire, me laissant guider par ma propre logique. Sur le terrain, c'est identique. Je pars en éclaireur, c'est une sorte de vice.», concède-t-il en souriant. «J'aime être le premier à dénicher un vestige, un vieux lavoir, une source qui coule encore dans les entrailles de la terre alors que tout le monde la croyait perdue.»
Le mot de l'Histoire
Guidé par la passion, Pierre Quillier ne se départit cependant jamais d'une extrême rigueur.
En effet, cet aventurier de l'eau ne conçoit pas de livrer une découverte au public tant qu'il n'aura pas longuement vérifié l'exactitudesde son travail, la justesse de ses intuitions et la validité de ses hypothèses.
Alors seulement, il partagera son savoir. Pour lui, cette communication est fondamentale.
«Je ne conçoit pas de garder pour moi ce que je trouve», explique-t-il. «Tout comme mon père m'a transmis ses connaissances, j'aime aller vers le public pour partager avec lui ce que j'apprend du passé. Je concidère même que c'est mon principal devoir.»
Les découvertes donnent alors la naissance à de magnifiques expositions agrémentées de nombreuses photos, à des conférences suivies par un public de tous les ages et à une contribution au journal municipal d'Hyères. |